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Le blog de Christophe Vieren

Brève de comptoirs : les pauvres et les écrans plats !

30 Août 2014 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Prejuges_et_stigmatisation

"Les pauvres dépensent l'allocation rentrée scolaire en téléphones portables, écrans plats",
A. Nonyme à la cafet de mon entreprise, 2014.

Non, les pauvres ne dépensent pas plus que les riches en "futilité" !
Non, les pauvres n'achètent pas des écrans plats avec l'allocation de rentrée scolaire !
Non, les pauvres ne consacrent pas une part moindre de leurs revenus à leurs enfants que les riches !
 
   L'autre jour, je discutais avec un collègue CSP+ [1]. Celui-ci semblait convaincu que les CSP-  dépensaient plus en communication et écrans divers (TV, jeux vidéos, ...) qu'en culture et loisirs pour leurs enfants. Le fameux mythe de l'achat d'écrans plats avec l'allocation de rentrée scolaire.
   Voyons voir. Comparons, à l'aide des données de l'INSEE, la structure des dépenses des ménages en fonction de leurs revenus. Les ménages sont classés selon 10 déciles : des 10% aux revenus annuels par unité de consommation les plus bas, noté D1, aux derniers 10% les plus hauts,  noté D10. Les premiers percoivent, en moyenne 7.857  €, les derniers 22.315  (2001) [2].

Premier tableau : il représente les dépenses absolues des ménages selon 11 postes budgétaires (logement, transport, alimentation, ameublement, loisirs & culture, restaurants & hôtels, habillement, santé, alcool & tabac, communication, autres).

Depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   On constate que, pour TOUS les postes de consommation, les dépenses sont d'autant plus importantes que les revenus le sont. On remarquera particulièrement que les dépenses de transports progressent bien plus vite que les revenus. Cela ne semble pas démontrer que les "pauvres" auraient des voitures trop puissantes relativement à leurs moyens. A moins que ce ne soit parce que plus on est riche plus on travaille loin !

   Voyons maintenant les parts prises par chaque poste budgétaire. Chacun jugera quels postes correspondent le mieux aux "futilités" et lesquels correspondent le mieux aux "nécessités".

Deuxième tableau : part relative de chacun des 11 postes budgétaires des ménages en fonction des revenus.Part_depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   Premier constat :
  • Logement (loyers, charges, travaux courants d’entretien, eau, gaz, électricité et autres combustibles), le premier décile y consacre une part de 10 points de pourcentage de plus (28%) que les trois derniers (18%). Autrement dit, les pauvres consacrent à leur logement une part 55% relativement plus importante que celle les riches (28% / 18%) ;
  • Alimentation : le premier décile y consacre 7 points de % de plus (20%) que les riches (13%). Autrement dit les pauvres consacrent à leur alimentation une part  54% relativement plus importante que celle des riches  (20% / 13%).

   Le logement et l'alimentation constituent-ils des dépenses futiles ? Les pauvres occuperaient-ils des logements "au-dessus de leurs moyens" ? Ou les pauvres seraient-ils contraints de louer (cher) leur logement ? Les pauvres achèteraient-ils des denrées "au-dessus de leurs moyens" ?

  Deuxième constat : avec 27 € mensuels, les plus pauvres consacrent 1,3% de plus à leurs dépenses de communication que les plus riches qui y consacrent 53 €, soit le double. Est-ce cela qui fait dire à mon collègue que les pauvres dépensent leur argent en futilités au détriment de leurs enfants ?

  Ci-dessous détail du poste Communication :

Revenus D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
Part  
Dépense absolue  
4,10% 3,68% 3,42% 3,12% 3,19% 3,03% 2,94% 2,98% 2,98% 2,83%
322 € 322 € 358 € 353 € 391 € 398 € 432 € 463 € 535 € 632 €
 
  Où se cachent donc ces fameuses dépenses en "écrans plats" et autres "futilités" ? Les chiffres 2013 viendraient-ils démentir ceci ? Permettez-moi d'en douter : si les écrans plats n'existaient pas encore en 2001, il ne manquait pas d'autres "futilités" sur le marché.
 
Et maintenant, étude de cas :

1) Soit une famille de pauvres qui achète un écran plat "trop grand" tous les cinq ans. Quelle part cela représente-t-il dans le budget selon ses revenus ?
2) Considérant que les français passent en moyenne 3h30 quotidiennement devant la télévision, comparez l'heure de distraction télévisuelle à l'heure de distraction culturelle (cinéma, exposition, concert, . . . ) ;
3) Même exercice avec les téléphones portables et autres "futilités" !

  ____________________________________
[1] CSP = Catégorie Socio-Professionnelle. Selon les classements de l'INSEE, ce Professeur d'Université fait assurément partie, tant du point de vue de sa qualification professionnelle que de sa position sociale, de la Classe Supérieure de cette nomenclature.

[2] Comme pour les revenus, les consommations des ménages sont normées, dans un but de comparaison, en fonction de la taille et de la composition du foyer, avec des échelles d’équivalences spécifiques à chaque grand poste budgétaire (cf. encadré 1, p. 231 du doc Les structures de consommation des ménages à bas revenus).

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Christophe Vieren 01/09/2014 14:19


Pour les baffes, préviens-moi, ce sera plus facile et ce sera l'occasion de se rencontrer ;-)

Incognitototo 01/09/2014 14:14


- Facile pour le tabac, 210 € c'est + ou - 30 paquets par mois à 7 €... Pour ce qui concerne le tabac, j'ai pris comme exemple introductif tout ce que l'on sait dessus dans cet article ou
tu trouveras de nombreuses références (qui contredisent celles de l'Insee), notamment sur le fait que les consommations de contrebande représenteraient 20 à 30 % des consommations totales... Par
ailleurs, selon l’aveu même de trois députés qui ont rendu un récent rapport assez exhaustif là-dessus : « les taxes sur le tabac constituent les prélèvements les plus régressifs de la
fiscalité française »… Et donc proportionnellement plus tu es pauvre et plus ton budget est impacté par cette addiction... qui même en moyenne, en aucune façon ne peut être que de 4 % pour le
premier décile, quand on recoupe tous les chiffres dont on dispose (d'autant plus que l'alcool est inclus dans cette moyenne)...

- Pour le logement, c'est plus compliqué, mais en l'occurrence une moyenne ne dit rien sur la difficulté réelle d'une majorité de ménages à faire face à cette dépense... Des exemples locaux ne
font pas une majorité, mais je ne connais personne autour de moi dont le budget logement (qu'il soit propriétaire ou locataire du privé ou du public, et ce quelle que soit sa situation
économique) serait inférieur à 35 %...

Cela dit, j'ai compris d'où vient le problème en lisant tes sources... Les chiffres datent de 2001 !!! Or les grosses augmentations sur le tabac datent de 2005, et les loyers (et autres dépenses
annexes rattachées au logement) ont également méchamment dérapé depuis cette époque. Je suis donc certain que si on refaisait cette étude aujourd'hui, les résultats seraient significativement
tout autres, d'autant que comme tu le sais les bas salaires sont loin d'avoir suivi l'inflation réelle.

Reste le fond du problème qui est que les gens (généralement, bien nantis) qui s'autorisent à donner des leçons aux pauvres susciteront toujours en moi l'envie de faire une distribution de
baffes, sans même savoir si ce qu'ils disent est vrai ou pas.

Christophe Vieren 01/09/2014 12:42


Bonjour Incognitototo,


Concernant tes réserves sur la méthodologie de l'INSEE, tu trouveras dans le document de la note 2 un certain nombre de réponse.


Cela étant, j'ai regardé un peu :


  * tabac & alcool : seul un peu plus du tiers des 15-75 ans fument. Ensuite, connaissant les ventes (déclarées) de tabac en France, il ne me semble pas difficile de connaitre la moyenne
semble bien moins élevée que ton calcul (320 €) le laisse penser. Comment obtiens-tu ce chiffre ? Probablement surestime tu 1) le nombre d'addicts ; 2) Le prix et la quantité de tabac consommé
par la addict les plus pauvres (tabac à rouler ?) ;3) Les revenus réels d'un Smicard (ne pas oublier d'y intégrer les prestations sociales) ;


La seule erreur que pourrait conmettre l'Insee est une sous-estimation des achats de tabac non déclarés (marché noir et achat à l'étranger).


 * concernant le logement : comme indiqué dans le doc cité en note et ci-dessus, la part vouée à l'achat d'un logement n'est pas pris en compte (cf. encadré 2 p236) car il s'agit d'un
investissement


Voilou. De toute façon, ces deux exemples ne remettent pas en cause je pense ma conclusion : les écrans plats et télécommunications, considérés comme des gadgets par certains "riches", ne sont
pas achetés grâce aux prestations sociales et aux détriment de leurs finalités (logement, scolarité des enfants, . . . ).


 


 

Incognitototo 30/08/2014 22:17


Bonjour Christophe,

Je suis toujours aussi dubitatif sur les méthodologies de l'INSEE pour nous produire ce genre de chiffres...

Deux exemples :
- la part du logement dans les dépenses des ménages représente en moyenne 18,5 %, mais un locataire sur 5 dans le parc privé dépense plus de 40 % de ses revenus en logement
!!! Tandis que l'Insee ne semble pas distinguer les dépenses des 57 % de propriétaires français... Je pense donc que la courbe n'est pas représentative du poids des dépenses de logement dans le
budget des ménages, puisque pour avoir une vision exacte il faudrait plutôt avoir les chiffres médians et pas moyens...
- idem pour les dépenses de tabac et d'alcool... d'autant que les pauvres fument plus que les riches !!! Et il est totalement impossible que cela ne représente que 4 % du budget d'un smicard...
puisqu'une addiction à la clope, c'est environ 19 % du SMIC par mois (+ ou - 210 €) ! Même si on considère que seuls 40 % de la population fume, on ne peut pas arriver à une moyenne de 4 % pour
les smicards... C'est arithmétiquement impossible...

Bref, quand l'Insee produira ses méthodologies, on en reparlera...

Cela dit, oui il faut arrêter avec les clichés et au pire même si c'était vrai que les pauvres ont des dépenses "futiles", je ne vois pas en quoi cela regarde les donneurs de
leçons...