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Le blog de Christophe Vieren

Le taux de croissance est avant tout corrélé au PIB/habitant

5 Novembre 2013 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Prélèvements obligatoires & Dépenses publiques

 Les politiques menées impactent marginalement les taux de croissance

   Sur la base du seul graphique ci-dessous établi sur 14 pays ouest-européens pris sur la période 1950-2000, nous montrons que le taux de croissance d'un pays est d'autant plus important que son PIB/habitant est faible. Autrement dit, les politiques menées jouent peu sur les taux de croissance. Cela dément tous les discours de nombreux économistes que l'on pourrait classer dans la catégorie  "néolibéraux", discours largement relayé par les partis de droite. 

   Ainsi entre un pays tel la Suède, où l'état providence fût et reste très développé (jusqu'à 75% du PIB consacrés aux dépenses publiques !) et un pays tel le Royaume-Uni, leader européen du néolibéralisme depuis les années 80 et initié par la Dame de fer, le taux de croissance reste très corrélé au PIB/habitant. Ceci confirme ce que Jean-Gadrey a établi pour la France et les Etats-Unis dans son article La baisse tendancielle du taux de croissance, résumé dans l'article La croissance est terminée ! . Tendance également vérifiée pour 14 pays de l'OCDE (graphique).

   Pour 14 pays européens, le graphique ci-dessous illustre la relation entre leur PIB-PPA/habitant de départ relatif en 1950 (abscisse) et leur taux de croissance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habitant (ordonnée).

   L'abscisse est le PIB-PPA/habitant de chacun des pays exprimé en % du PIB-PPA/habitant moyen de l'ensemble de ces pays, la valeur 100 correspondant à cette moyenne.

   L'ordonnée est le taux de croissance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habitant (en %).

La-beta-convergence-en-Europe-de-l-Ouest_1950-2000_Jean-F.jpg

Nota : Ce graphique et le texte qui suit sont largement repris de l'article Crises et transformations du modèle social-démocrate suédois, Jean-François Vidal, Revue de la régulation, automne 2010.

   Ainsi, l'on constate que la Suisse (en bas à droite), pays riche au sortir de la guerre a connu depuis un taux de croissance faible (1,8%) relativement à celui de l'Espagne ou du Portugal (4%), pays les plus pauvres (en haut à gauche) au sortir de la guerre.

   Les pays pauvres en 1950, le Portugal (Port), l’Espagne (Esp), l’Irlande (Irl), l’Italie (Ital), l’Autriche (Autr), la Finlande (Finl), et l’Allemagne (All) à cause des destructions de la guerre, ont eu des taux de croissance élevés.

   Les pays les plus riches, la Suisse (Suis), le Royaume-Uni (Runi), la Suède (Sued), le Danemark (Dan) et les Pays-Bas (Pbas) ont eu une croissance relativement faible.

   La France (Fra) et la Belgique (Belg) ont été proches de la moyenne.

Explication de l'auteur du graphique

   Extrait du paragraphe 2. 1. Une croissance excessive de l’État providence ? : " Des pays qui sont limitrophes ont en général des échanges intenses de produits, de population, de capitaux, et d’idées. Cela favorise le rattrapage des pays les plus riches par les pays les plus pauvres, à condition que ces derniers adoptent des politiques économiques favorables à la croissance.

   Le rattrapage des pays en retard implique le « déclin » relatif des pays les plus avancés. Mais les processus de déclin et de rattrapage ne sont pas uniformes au cours du temps : l’Irlande n’a commencé à rattraper le niveau de vie moyen en Europe que depuis la fin des années 1980. Le rattrapage de l’Espagne a commencé en 1960 et il s’est interrompu entre 1975 et 1985 environ. En Suède, la longue phase de déclin (1947-1992) a connu deux périodes de baisse accélérée : de 1947 à 1957, quand les autres pays européens ont réalisé leur reconstruction. Puis de 1989 à 1992, lorsque la Suède a subi une grave crise bancaire

   D’après les auteurs libéraux, un État providence étendu freinerait la croissance parce que la progressivité des impôts et les prestations sociales décourageraient l’épargne, et parce que le poids élevé du secteur public et les interventions de l’État affaibliraient l’efficacité de l’économie, et par conséquent la productivité. Ces explications ne sont guère convaincantes ".  Fin de citation.

   En effet, au vu du graphique, c'est le moins que l'on puisse dire.

   Mais alors si les politiques, sociales en particulier, ne jouent pas sur le taux de croissance, argument souvent invoqué pour justifier l'acroissement des inégalités de revenus, l'abaissement des minima sociaux et de la protection sociale, au prétexte que cela dissuaderait l'entrepreunariat et encouragerait l'oisiveté, pourquoi ne pas redistribuer les richesses et assurer la protection sociale à tous ?

   Surtout si, comme le démontrent quelques économistes de renom, les inégalités croissantes sont à la source de la crise systémique dans lequel le monde est tombé depuis 2008.

  Sur la relation entre le montant des minima sociaux et le taux de chômage, voir : Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

Actualisation (mars 2014) :

Ci-dessous le même graphique que le précédent mais couvrant la période 1980-2012 . Mis à part peut-être l'Irlande dont on connaît la récente spécificité financière (paradis fiscal ?) et ses déconvenues post-2008, et l'Italie, le phénomène de béta-convergence se retrouve bien vérifié pour les 12 autres pays.

La-beta-convergence-en-Europe-de-l-Ouest_1980-2012_C_Vier.jpg

Nota : ici, à la différence du précédent graphique, les PIB et donc les taux de croissance sont en $ courants. Pour disposer des taux de croissance en $ constants, il faudrait déduire l'inflation. En outre "le taux de croissance" est en réalité le rapport entre les PIB 2012 et 1980. Les taux de croissance annuel moyen serait voisin : 4,05 pour ITA et 5,61pour Irl.

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Christophe Vieren 18/11/2013 16:10


@Netfirst : une autre source (Degré d’ouverture de
l’économie et croissance, P. Artus, Natixis, nov. 2012), mêmes conclusions ou presque :


"On observe bien ce qui est attendu :



pour les pays de l’OCDE, le passage d’une corrélation positive entre croissance et ouverture extérieure de 2002 à 2007 à l’absence de corrélation aujourd’hui ;


pour les pays émergents, hors Chine et Inde, le passage d’une corrélation positive entre 2002 et 2007 à une corrélation négative aujourd’hui entre croissance et poids des
exportations."

Christophe Vieren 18/11/2013 15:54


@Netfirst : cette étude établit un coefficient de corrélation négative entre échanges et croissance. Dans le résumé on peut en effet lire "A partir de divers tests économétriques, nous avons
essayé de démontrer premièrement que l’ouverture économique de ces pays, relativement faible, n’a pas été un moteur de croissance et de développement, et
deuxièmement, à partir de modèles de gravité, que les déterminants des échanges asiatiques étaient bien plus des éléments internes qu’externes. Nous sommes en présence d’une zone
intégrée qui puise sa force à partir de son propre dynamisme.".


Et dans le texte : "La plupart des pays de la zone asiatique, pris au cas par cas, présente aussi en tendance une corrélation négative entre ouverture et croissance : la
Corée entre 1977 et 1987 surtout, Hongkong sur quasiment toute la période d’étude, Brunei depuis le début des années quatre-vingt, la Malaisie depuis 1980, le Cambodge sur toute la période, le
Laos depuis 1986 et Myanmar surtout à partir du début des années quatre-vingt. Les résultats associés à ce dernier pays sont d’autant plus remarquables que les taux de croissance du PIB les plus
forts correspondent à des taux d’ouverture moyens les plus faibles. Notons que la Corée admet toutefois une corrélation positive entre ouverture et croissance du PIB dans les années
soixante-dix, ce qui correspond à une accélération de la croissance des exportations mais surtout des importations liée à un effort marqué d’industrialisation.
Les cas chinois, indonésien et japonais ne présentent quant à eux aucune relation probante entre ouverture commerciale et croissance économique : les évolutions des deux variables sur longue
période sont déconnectées l’une par rapport à l’autre. La Thaïlande aussi suit un peu le même phénomène bien que l’accélération de l’ouverture économique de ce pays au milieu des années
quatre-vingt, liée principalement à une accélération des importations, correspondent à un pic de croissance du PIB thaïlandais."

Christophe Vieren 18/11/2013 15:41


@Netfirst : en attendant mon éventuel article, ce document - que je découvre - m'a l'air approprié pour répondre à la question de la corrélation échanges (= taux d'ouverture) vs taux de
croissance ELEMENTS DE REFLEXION SUR LA RELATION ENTRE OUVERTURE ET CROISSANCE EN LONGUE PERIODE, ESSAI DE VALIDATION EMPIRIQUE : LE CAS DES PAYS D’ASIE DE 1970 A
1995

Christophe Vieren 18/11/2013 15:36


L'échange est probablement un facteur de développement d'autant plus important que, comme écrit dans le commentaire n°2, le pays manque de certaines ressource. 


Je n'irais donc pas jusquà affirmer, en tout cas sans m'appuyer sur des études, qu'il prime (sur quoi ?). Mais si j'ai le temps - et les données - je ferais volontiers un article sur cette
corrélation taux d'échange commerciaux et taux de croissance économique. Si vous disposez de telles données sous forme de tableur, je suis preneur.

Netfirst 18/11/2013 15:09


L'échange prime pour accélerer richesse et croissance !

Christophe Vieren 06/11/2013 19:06


@Incognitototo : une piste peut-être avec le mot clé"taux d'ouverture" : Panorama des taux d’ouverture commerciale des pays de l’OCDE,
2009


 

Christophe Vieren 06/11/2013 19:02


  @Incognitototo : Le développement d'un pays doit dépendre d'autant plus de son contexte d'échanges commerciaux qu'il ne dispose pas d'une grande diversité de ressources naturelles
(climats, terres arables, pécherie, minerais, hydrocabures, biodiversité, ...).
  Le développement d'un pays tel le Qatar - dont la seule richesse est le pétrole - est probablement plus dépendant des échanges commerciaux que celui des vastes Etats-unis ou Russie qui
disposaient ou disposent d'une large variété de ces ressources .

Incognitototo 06/11/2013 14:35


Excellent !!! Je saurai où venir piquer (en citant la source bien sûr) la démonstration que le contexte de départ surdétermine les résultats économiques...

Par ailleurs, il y aurait sûrement une corrélation à faire entre le développement des pays et leur contexte d'échanges commerciaux... malheureusement, je continue à ne pas trouver les données
inter-échanges commerciaux entre pays qui permettraient de le prouver.