Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Christophe Vieren

Baisser ou couper le chauffage ?

25 Février 2014 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Ecologie

   L'autre jour, un collègue me dit : "Il vaut mieux baisser le chauffage que le couper lorsqu'on n'est pas là car l'on dépensera plus d'énergie pour rechauffer la maison au retour". Me voyant sceptique, pour renforcer sa conviction il rajoute : " C'est un ami, ingénieur chez Dalkia, qui me l'a dit !". Et pourtant, c'est évidemment faux. Pourquoi ? La démonstration est très, très, très simple.

   Un fait : l'énergie à apporter par le système de chauffage doit être égale aux pertes d'énergie vers l'extérieur de la maison. Or, on sait que l'énergie dissipée entre l'intérieur de la maison et l'extérieur est proportionnelle à la différence de température entre ces deux milieux. Certains autres facteurs peuvent influer (vent, soleil, humidité, aération, ...) mais puisqu'il s'agit ici de faire une comparaison sur le même logement et sur le long terme, l'on considérera que ces facteurs sont les mêmes pour les deux méthodes. Il s'agit par conséquent d'évauer l'énergie dissipée dans les deux cas sur une période représentative des périodes de présence et d'absence des occupants du logement. 

   Considérons que, dans les deux cas, la température extérieure est de 10°C, que lors de leur présence les occupants souhaitent avoir 19°C et, lorsqu'ils sont absents ou qu'ils dorment, n'importe quelle température. Supposons qu'ils sont présents de 6h30 à 8h40 puis de 16h30 à 22h30. Considérons maintenant deux attitudes : la première consistant à couper totalement le chauffage lors des périodes d'absence (graphique du haut), et la deuxième consistant à ne baisser le chauffage que de 3°C (graphique du bas).

   Dans les deux cas, l'énergie qui a été dissipée vers l'extérieur est celle que la chaudière devra fournir pour obtenir la température souhaitée. Pas conséquent, il suffit d'estimer, pour chacun des deux cas, la surface délimitée par la courbe représentant la température extérieure et celle représentant la température intérieure durant ces 24h puisque l'énergie perdue est proportionnelle dans les deux cas à cette surface. La courbe en pointillée rouge représente la consigne, c'est à dire la température démandée au niveau du thermostat d'ambiance

Le premier graphique correspond au cas où le chauffage est complètement coupé (Tconsigne = Textérieur), le second correspond au cas où l'on se contente de baisser (ici de 3°) la consigne.

Couper_ou_baisser_le_chauffage_rempli.png

   On constate que la différence est nettement en faveur de la première solution, à savoir ne pas chauffer du tout lorsque l'on en a pas besoin. Sur le graphique suivant, l'énergie économisée est représentée par les zones vert pomme auxquelles il convient de soustraire l'énergie supplémentaire fournie lors  des dépassements (zones rouges dans le cas de la coupure totale du chauffage et mauvais régulateur).

   La totalité des zones vert sombre et vert pomme représente l'énergie à fournir dans le cas d'une simple baisse de 3°C lors des absences, les zones vert sombre et rouges représente l'énergie à fournir dans le cas d'un coupure totale lors de ces absences.

Couper_ou_baisser_le_chauffage_difference.png

   Et cela restera vrai quelle que soit l'inertie de la maison et autres paramètres. Et ce, même avec des  dépassements de températures importants lors de la phase de remontée (phénomène d'oscillations amorties dans le cas d'un régulateur ancien). On voit bien qu'il faudrait envisager des dépassements très importants et nombreux pour que ceux-ci présentent une surface (en rouge) équivalente aux surfaces vert pomme.

   La seule question qui se pose reste : comment faire en sorte que lorsque je rentre chez moi ou que je me lève, je ne me les caille pas durant la phase de remontée de la température de la température extérieure à la température ambiante. Il va en effet de soit que l'on plus on laisse la température descendre, plus le temps pour retrouver la tempéraure souhaitée sera long.

Ce problème peut être aisément résolu si vous connaissez vos heures de rentrée ou de levée alors : un thermostat programmable (j'en ai trouvé un très bon pour 11 € livré sur le bon coin) bien réglé vous permettra d'éviter ce fâcheux inconvénient. Et d'autant plus facilement qu'une sonde extérieure fournira au régulateur l'information permettant d'estimer la quantité d'énergie devant être fournie pour avoir une remontée de température suffisamment rapide : la sonde extérieure permet en effet de connaitre l'écart de température entre l'extérieur et l'intérieur et donc l'énergie à fournir en un temps t, la température de l'eau de sortie chaudière étant alors la variable d'ajustement dont les chaudières actuelles disposent toutes ou presque.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Stéphane Rosi 19/02/2015 23:33

Merci pour cet article qui rétablit une vérité difficile à faire entendre.

Je pense avoir une piste pour creuser la réflexion sur le temps nécessaire pour permettre le retour à la température souhaitée.

J'ai moi-même été confronté à la question, et devant l'insistance des chauffagistes à maintenir qu'il faut une température minimum afin de ne pas avoir à trop consommer, je me suis dis que leur expérience devait bien s'expliquer, alors j'ai creusé le sujet et voilà ce que j'ai compris...

Il y a en fait 2 vérités :

1) Pour une température intérieure donnée (disons Tint=20°C), couper le chauffage complètement puis le rallumer, consomme moins qu'abaisser la température (à 16° par exemple), qui consomme évidemment moins que de le laisser allumer. Cela quelque soit la température extérieure ou l'isolation du bâtiment.

2) Pour qu'une personne se sente à une température de confort (disons Tconf = 19°C), cela dépend de la température des murs et parois (Tmur = 18°C par exemple). Le calcul simplifié dit qu'il faut : Tconf = (Tmur + Tint) / 2, ce qui implique dans notre cas Tint = 20°C


En prenant en compte ces 2 vérités, j'imagine qu'il existe des cas on l'on peut arriver à la conclusion souvent entendue : "sur des courtes absences, il vaut mieux garder une température minimum que de ne pas chauffer du tout".

Par exemple, si les coupures de chauffage sont tellement fréquentes et le bâtiment si mal isolé que la température des murs (Tmur) ne parvient jamais à se réchauffer suffisamment, et oblige à atteindre une température intérieure (Tint) exagérément élevée pour obtenir une température de confort (Tconf) satisfaisante, si bien que l'économie de la coupure est annulée par la "surconsommation" (au sens vrai du terme, à savoir Tint plus élevée).

Maintenant, il faudrait faire les calculs, car ce cas n'arrive peut-être jamais (ou tout le temps !)...

Qu'en pensez-vous ?