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Le blog de Christophe Vieren

Articles récents

Mon blog a changé d'adresse

10 Novembre 2015 , Rédigé par Christophe Vieren

 

Retrouvez tous ces articles, dont certains actualisés, ICI :

christophevieren.fr

"Nous ne sommes pas responsable que de ce que nous faisons mais aussi de ce que nous laissons faire", Harold Zindler.

 

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Depuis la crise de 2007-2008, la croissance est sur une tendance bien plus faible qu'avant !

13 Avril 2015 , Rédigé par Christophe Vieren

   Le graphique ci-dessous illustre le propos de Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis (filiale de BPCE) dans son article intitulé "Le FMI s’interroge sur la croissance à moyen terme". Dans cet article il écrit :

" Dans son rapport d’avril 2015, le FMI s’interroge sur la possibilité de converger vers la trajectoire de croissance d’avant crise. Sa réponse est clairement négative : la croissance potentielle, celle qui ne crée pas de tensions inflationnistes, sera durablement plus réduite que celle constatée avant la crise. [..] On ne retournera pas vers la tendance passée mais pire on s’en éloignera de plus en plus. ".

Depuis la crise de 2007-2008, la croissance est sur une tendance bien plus faible qu'avant !

   Cette tendance ne fait donc que confirmer la baisse tendancielle inéluctable du taux de croissance que Jean Gadrey mettait en évidence en 2009 dans son livre "Adieu à la croissance".

   Notons que depuis 2009, de nombreux économistes de renom l'ont rejoint dans ce qu'il appelle l'objection de croissance. Parmi eux les renommés Paul KrugmanRobert Gordon et  Patrick Artus de Natixis !

   Pour ceux qui n'aurait pas eu la chance  - ou le courage - de lire cet ouvrage, ils peuvent apprendre l’objection de croissance en chansons, vidéos, films, théâtre… ou encore via ce billet de synthèse que je faisais à partir des quatre articles que Jean Gadrey publiait sur son blog en 2009. Ces articles n'ont donc pas pris une ride à la lueur des cinq années passées depuis.

   Bientôt il ne restera plus que l'omniprésent Jacques Attali à envisager cette croissance exponentielle. Ce dernier estimait en effet, en septembre 2007, que, sous réserve de libéraliser presque tout (y compris… la finance !), la France pourrait connaître à nouveau et durablement une croissance de 5 % par an. Aux dernières nouvelles, il n'a depuis pas osé réitérer cette prévision. En progrès !

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L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

1 Avril 2015 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Démocratie

Petite analyse des scores du FN au 1er tour des départementales 2015 dans les cantons de municipalités FN ou ex-FN par comparaison avec son score au niveau national.

L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

Un ami ayant le choix entre un FN (la peste ?) et un UMP (le choléra ?) au 2cd tour des départementales 2015 me dit avoir voté blanc. Je lui fais tout d'abord remarquer qu'il subsiste tout de même une différence de gravité dans ces deux maladies.

Pour ne prendre qu'un exemple récent; je l'informais que, le 17 mars, 24 députés européens français avaient voté contre une loi favorable à l'avortement et à la contraception. Sur ces 24 députés, il y avait 23 députés FN (Le Pen père étant absent) et UN député UMP (Hortefeux, qui s'est ensuite rétracté). (Voir ICI)
Je ne reviens pas sur des différences telles les sorties de l'Euro et de l'UE ou d'autres bien plus incompatibles avec nos valeurs humanistes et de démocrates communes.

Il me rétorqua alors qu'une fois le FN aux affaires, les français s'apercevront qu'il fait pire que l'UMP et le PS et qu'on ne les y reprendrait pas deux fois. Rajoutant même que cela les inciterait à voter, par retour de balancier, de l'autre côté de l'échiquier politique.

Petit retour vers le passé
Certes le FN de Le Pen n'est pas le NSDAP d'Hitler. Cependant il y a tout de même de grosses ressemblances. Et comme c'était il y a 80 ans, je me permets de rappeler qu'Hitler est devenu chancelier on ne peut plus démocratiquement et qu'il a ensuite éliminé physiquement ses opposants, les communistes, les syndicalistes et les intellectuels prioritairement, avant de transformer l'Allemagne en dictature. On connait la suite : stigmatisation puis élimination de minorités (juifs, handicapés, roms, homosexuels, ...). 80 millions de morts ! Je referme la parenthèse, comparaison n'étant pas raison.

Revenons en France en 2015.

La pédagogie de la catastrophe et le retour de balancier

Théorie : lorsque des personnes subissent une catastrophe, ils ont tendance à prendre des mesures pour se sur-protéger vis-à vis de ce type de catastrophe. Ainsi, quelqu'un qui s'est déjà fait cambrioler aura tendance à mieux protéger sa résidence. Humain, non ?.

Et en matière d'élus FN à la tête d'exécutifs divers, ça marche ? Voyons voir les faits.

Le FN a déjà dirigé cinq villes (1983 à 2008) et en dirige douze depuis 2014 (10 maires FN + 2 soutenus par le FN).

Dans les 17 cantons que comptent les 12 municipalités dirigées depuis 2014 par un maire FN ou adoubé par ce dernier, le FN conforte ses scores des municipales de 2014, dépassant de 12 points (Marseille-7e et Mantes-la-Ville) à 35 points (Hénin-Beaumont-2e) son score national (25,24 %) !

On va me dire, oui, bon, c'est encore frais, ils avancent masqués, ils préparent les présidentielles/législatives de 2017, . . . . Admettons ! Cela ne change cependant rien à l'enjeu.

Concernant les 5 villes qu'il a dirigées depuis 1983, il y a un seul canton sur les 8 (Dreux-2e) où son score est inférieur (-4 pts) à la moyenne nationale. Partout ailleurs il dépasse son score national de 4 (Orange) à 17 pts (Vitrolles) !

Et là, c'est quoi la raison ? Ils ont avancé masqués durant 6 ans, voire 12 ans ou plus ? C'est trop ancien, nos concitoyens ont déjà oublié ? Pas terrible comme vaccin !

Dans un cas comme dans l'autre, le retour de balancier, se fait attendre. Non ?

Ci-dessous, une comparaison des scores réalisés par le FN aux municipales 2014 et aux départementales 2015.

Le FN augmente son score dans toutes ces municipalités

L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

La seule commune où le score baisse est lié au fait qu'il y avait, au premier tour de l'élection départementale 2015, une liste FN (29,13%) et une liste Extrème droite (30,81%) menée par le maire, ex-FN. Le total des deux listes (59,94%) augmente sensiblement relativement à celui du maire à l'élection municipale de 2014 (59,82%) pour laquelle il été soutenu par le FN qui n'y présentait pas de liste !

__________________________

Ci-dessous, les résultats détaillés des premier et deuxième tours des départementales 2015.

Note : La première colonne représente les scores sur le territoire communal, la 2e sur le canton. La première ligne la listes arrivée en tête, la 2e ligne le second, au 1er comme au 2e tour.

Beaucaire
1er tour : FN 53,68 % 49,28 %

2e tour : FN 59,70 % 55,10 % (arrivé 2e : Divers Gauche 13,48 % 22,49 %)

Cogolin
1er tour FN 53,31 % 43,15 % (2e : Union de la Droite 19,49 % 32,02 %)

2e tour : Union de la Droite 42,88 % 53,03 % Elu (en 2e : FN 57,12 % 46,97 %)

Fréjus : FN élu au 1er tour avec 51,17 %

Hayange
1er tour : FN 47,98 % 39,39 %

2e tour : PS 46,67 % 54,70 % Elu (2e : FN 53,33 % 45,30 %)

Hénin-Beaumont (2 cantons, Pas-de-calais)
1er tour

1er canton : FN 55,04 % 46,15 %
2e canton : FN 60,77 % 49,44 % Ballotage

2e tour : FN élu

1er canton : FN 61,78 % 51,84 % (2e : PS 38,22 % 48,16 %)
2e canton : FN 65,21 % 53,78 % (2e : Divers gauche 34,79 % 46,22 %)

Le Luc
1er tour : FN 50,65 % 44,92 % Ballotage

(2e : Union de la Droite 35,39 % 38,02 %)

2e tour : Union de la Droite 47,22 % 52,96 % Elu (2e : FN 52,78 % 47,04 %)

Le pontet : FN élu au 1er tour avec 58,24 % 53,70 %

(2e : UMP 25,86 % 24,79 % ; 3e : Front de Gauche 15,90 % 21,52 %)

Mantes la Ville
1er tour : Union de la Droite 26,88 % 35,01 % Ballotage (2e : FN 37,21 % 28,92 %)

2e tour : Union de la Droite 56,08 % 66,61 % Elu (2e : FN 43,92 % 33,39 %)

Marseille-7e
1er tour : FN 37,34 % 37,34 % Ballotage (2e : Union de la Droite 31,60 % 31,60 %)

2e tour : Union de la Droite 58,21 % 58,21 % Elu (2e : FN 41,79 % 41,79 %)

Villers Cotterêts
1er tour : FN 48,09 % 44,80 % Ballotage (2e : UMP 12,58 % 23,02 %)

2e tour : FN 56,60 % 51,89 % Elu (2e : UMP 43,40 % 48,11 %)

Béziers (3 cantons)
1er tour

1er : FN 46,41 % 44,12 % Ballotage (2e : PS 23,93 % 25,00 %)
2e : FN 46,59 % 45,74 % Ballotage (2e : Union de la droite 20,18 % 21,17 %)
3e : FN 47,19 % 46,86 % Ballotage (2e : Union de la gauche 21,69 % 21,72 %)

2e tour :

1er : FN 54,77 % 54,60 % Elu (2e : PS 45,23 %45,40 %
2e : FN 54,54 % 54,14 % Elu (2e : Union de la Droite 46,59 % 45,74 %:
3e : FN 58,30 % 59,18 % Elu (2e : Union de la Gauche 41,7 % 40,82 %

Camaret-sur-Aigues

1er tour : PS 25,03 % 37,25 % Ballotage (2e : FN 51,55 % 29,91 %)

2e tour : PS 27,28 % 40,82 % Elu (2e : FN 54,85 % 32,76 % ; 3e : UMP 17,88 % 26,42 %)

Lire aussi : Résultats départementales 2015: les villes FN, un an après, ont massivement confirmé leur vote

On va me dire, oui, bon, c'est encore frais, ils avancent masqués, ils préparent les présidentielles/législatives de 2017. C'est possible ! À Béziers le masque ressemble cependant plutôt à un voile.

Anciennes municipalités FN

Voyons maintenant les résultats du 2e tour des élections départementales de 2015 dans les villes que le FN a dirigées antérieurement.

Note : La première colonne représente les scores sur le territoire communal, la 2e sur le canton

Dreux (Eure-et Loire, 32 000 h)

1er tour

1er : FN 33,45% 32,12% (2e : Union de la Droite 31,91 % 30,83%):
2e : FN 21,00 % 27,19 % (2e : UMP 34,70 % 32,59 %)

2e tour

1er : Union de la Droite 61,06 % 61,27 % Elu (2e FN 38,94 % 38,73 %):
2e : UMP 74,11 % 67,13 % Elu (2e : FN 25,89 % 32,87 %)

Orange (Vaucluse, 30 000 h)

1er tour FN 29,13% 31,61% Ballotage (2e : Extrême droite 30,81% 26,98%)

2e tour : Extrême droite 52,90 % 50,03 % Elu (2e : FN 47,10 % 49,97 %)

Marignane (Bouches-du-Rhône, 33 000 h).

1er tour : FN 30,87% 37,30% (2e : Union de la Droite 51,21% 35,03%)

2e tour : Union de la Droite 59,81 % 56,21 % Elu (2e : FN 40,19 % 43,79 %)

Toulon (3 cantons, 168 000 h, Var).

1er tour

1er : Union de la Droite 44,35 % 44,35 % (2e : FN 36,08 % 36,08 %)
2e : Union de la Droite 45,53 % 45,53 % (2e : FN 35,17 % 35,17 %)
3
e : Union de la Droite 45,82 % 42,18 % (2e : FN 32,55 % 35,89 %)

2e tour

1er : Union de la Droite 62,52 % 62,52 % (2e : FN 37,48 % 37,48 %)
2e : Union de la Droite 62,29 % 62,29 % (2e : FN 37,71 % 37,71 %
3e : Union de la Droite 65,66 % 61,39 % (2e : FN 34,34 % 38,61 %

Vitrolles (Bouches-du-Rhônes, 37 000 h)

1er tour : FN 42,64% 36,51% (2e : Union de la Droite 16,08% 30,70%)

2e tour : Union de la Droite 51,9 % 58,95 % Elu (2e : FN 48,1 % 41,05 %)

Sources (y voir les courbes représentant l'évolution des votes FN sur ces cantons) :
* Canton de Dreux , Canton d'Orange, Canton de Marignane, Canton de Toulon, Canton de Vitrolles.

Et là, c'est quoi la raison ? Ils ont avancé masqués durant 6 ans, voire 12 ans ? C'est trop ancien, nos concitoyens ont oublié ! Déjà ? Pas terrible comme vaccin !

Dans un cas comme dans l'autre, le retour de balancier, se fait attendre. Non ?

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Ce sont les musulmans, les juifs, ou les deux qui amènent la merde en France ?

8 Février 2015 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Prejuges_et_stigmatisation

   D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des juifs ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, ce sont les juifs qui mettent en cause la laïcité ! Ce sont les juifs qui amènent la merde en France aujourd’hui !

   Avoue que, si tu me connais un tant soit peu, tu te demandes : il déconne ou quoi ?

   En tout cas tu te dis : ouh, la, la, il est fou ? Y en a qui ont été condamnés pour moins que cela. Y a même un humoriste qui a été condamné maintes fois pour ce genre de propos depuis qu'il a eu la mauvaise idée de faire ce sketch dans lequel il caricature un colon extrémiste israélien (France3, 2003). Ses spectacles ont même été interdits en 2014 au motif qu'ils présentaient un risque de trouble à l'ordre public. Y a un autre humoriste qui s'appelait Siné, qui même si il a gagné son procès, a été viré pour antisémitisme d'un journal satirique dirigé par un certain Philippe Val (oui, celui qui par la suite, devenu directeur de France-Inter, a fait virer Stéphane Guillon et Didier Porte). Le nom de ce journal satirique où tout est permis ? Charlie Hebdo, oui, oui, Charlie Hebdo. Celui qui revendique une liberté d'expression absolue. Charlie Hebdo, ce journal très drôle où l'on peut ainsi représenter un musulman (un arabe ?) avec une bombe dans le turban (voir ICI, image de droite). Ce journal très drôle où l'on peut représenter Ali - un juif certainement ! - assis sur un pouf avec cette bulle hilarante : " Le Coran ne dit pas si il faut faire quelque chose pour avoir 30 ans de chômage et d'alloc " (voir ICI). Ce journal très fin qui surmonte du texte suivant un dessin de merde (je précise : ce n'est pas le dessin que je qualifie de merde. Il s'agit bien d'un dessin représentant une merde, un étron, une crotte si vous préférez) : " Le Pen la candidate qui vous ressemble " (voir ICI). Charlie Hebdo, ce journal, moribond, tirant à 30.000 exemplaires, est devenu, le 7 janvier 2015, le symbole de la liberté d'expression !

   Justement, revenons à cette chère liberté d'expression absolue (en France, 400 textes de lois la régissent !) et à mes premières lignes : elles ne sont pas de moi, ni même de Dieudonné, et encore moins de Philippe Tesson qui, le 14 janvier 2015, au micro de Radio Classique a dit : " D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des musulmans ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, c’est les musulmans qui mettent en cause la laïcité ! C’est les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ! ".

   Je n'ai donc fait que reprendre ses termes en remplaçant "musulmans" par "juifs". A l'heure où j'écris ses lignes, Philippe Tesson a déjà été invité sur France-Inter et Europe 1 pour s'expliquer. Dieudonné, lui, n'a pas eu cet honneur pour certains de ses propos tout aussi répugnants. A la date de cet article, si le parquet à tout de même ouvert une enquête, je n'ai pas connaissance de mesure prise par un quelconque Ministre de l'intérieur pour empêcher Philippe Tesson de s'exprimer publiquement, ni même de plainte déposée par la LIgue Contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA), pourtant prompt à porter plainte contre Dieudonné et qui fût prompte (mais déboutée) à porter plainte contre Siné. Mais peut-être M. Tesson, 82 ans, est-il trop âgé ? Mais alors ces circonstances atténuantes ne seraient donc applicables qu’aux éditorialistes multicartes, honorablement connus du milieu ? Pas la moindre indulgence, en effet, pour la collection de semi-débiles, qui ont écopé de condamnations à de la prison ferme au même moment. C'est le cas :

   De ce déficient mental, bénéficiaire de l’allocation adulte handicapé, à Bourgoin-Jallieu (Isère) : six mois FERME pour avoir dit “Ils ont tué charlie, moi j’ai bien rigolé. Si je n’avais pas de père ni de mère, j’irais m’entraîner en Syrie”;

   De cet individu qui s'autoproclame fils de Ben Laden, avec lourds antécédents psychiatriques, à Paris : trois mois FERME pour avoir dit “ quand je vois des bombes qui explosent et des policiers qui crèvent, je rigole” ;

   Ou encore celui-ci : trois mois FERME pour avoir écrit sur son mur facebook : “On a bien tapé, mettez la djellabah, on ne vas pas se rendre, il y a d’autres frères à Marseille” ;

 Ou Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat de Nice pour avoir dit "Je suis avec les terroristes" mais qui, interrrogé, ne sera pas capable de dire ce qu'est un terroriste !

   Etc,

   Aucun de ces dangereux individus prestement condamnés (je prends le pari que pour Philippe Tesson, la justice sera plus lente et plus clémente) n'a eu une invitation de repêchage à France Inter, Europe 1 ou ailleurs. Car bien sûr cette présumée apologie du terrorisme faite par des gamins dans l'enceinte de leur classe est bien plus dangereuse que ces incitations à la haine raciale sur des médias grands publics !!!

   Pour finir, merci à l'humoriste Didier Porte, qui, viré de France-Inter, sévit désormais chez Médiapart et Arrêt sur images, et dont la chronique vidéo (5'50") m'a inspiré ce billet. Merci également à Daniel Schneidermann dont la chronique Tesson, la solution du chiffon m'a apporté certains éclairages. Vous retrouverez les liens sur ces deux chroniques sur le site les-crises : Nouveau dérapage antisémite de Dieudonné ? par Didier Porte.

   Depuis le 11 janvier, je me demandais ce qui avait poussé 4 millions de français à descendre dans la rue, ce qui avait poussé ces centaines de milliers d'autres à s'identifier à Charlie. A ce jour, en dehors de la peur, je crains que cet élan collectif n'aura pas servi la liberté d'expression. A moins de considérer que le million d'euros publics dont va bénéficier Charlie Hebdo - qui ne recevait pourtant jusqu'alors aucune subvention publique - va servir le pluralisme de la presse. Je crains bien au contraire que cet élan collectif va justifier, au nom de la lutte contre le terrorisme, les pires lois liberticides. Pour mémo : 14 lois ont déjà été promulguées en ce sens depuis 1986, la dernière datant de novembre 2014 !

   La liberté d'expression ne restera qu'une coquille vide tant que les médias indépendants ne pourront compter sur le soutien sans faille de nombreux citoyens pour les financer (et les défendre lorsqu'ils sont traînés en justice).


   Les commentaires, surtout critiques, sont ouverts et bienvenus ci-dessous.

______________

Note sur la liberté d'expression et de la presse en France :

Il n’existe pas, en tous cas en France, de principe général de la liberté d’expression. Présenter un tel principe comme l’un des apports de l’universalisme occidental est une filouterie. La loi sur la liberté de la presse, qui régit cette question, lui donne des limites : il est interdit – et pénalement sanctionné – de diffamer autrui ou de l’injurier ; il est interdit d’inciter à la haine raciale. Injures, diffamations, incitations à la haine, sont d’autant plus interdites qu’elles visent des groupes particuliers à raison de leur appartenance réelle ou supposée à une race, à une religion, à un peuple, ou à raison de leur origine, de leur orientation sexuelle, de leur état de santé, etc.

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Le fantasme de l'islamisation de la France

30 Janvier 2015 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Immigration

À ceux qui voient en tout immigré ou descendant d'immigré non européen, un musulman . . .

. . . et qui, percevant une augmentation de la "coloration" de notre population, en déduise une "islamisation" de la France, laquelle serait en outre une menace. Aussi voyons d'abord les chiffres.

Un premier chiffre : 8 % des adultes de 18 à 50 ans se déclarent de religion musulmane, soit 2,1 millions de personnes (source : " Trajectoires et Origines : Enquête sur la diversité des populations en France", p. 124, INED, octobre 2010).

Le fantasme de l'islamisation de la France

Pour les sceptiques envers les statistiques officielles, selon l'IFOP, ce taux serait de 5,8% de la population des plus de 18 ans (source : " ANALYSE : 1989-2011, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France", p.4, IFOP, juillet 2011). Cette dernière enquête évaluant à 9% la part des plus de 55 ans dans la population musulmane (page 5), ce chiffre de 5,8% est compatible avec le chiffre de 8% des 18-50 ans de l'enquête de l'INED (Rq : nombre d'immigrés "musulmans" retournent dans leur pays d'origine à l'occasion de leur retraite).

Le fantasme de l'islamisation de la France

Nous constatons une répartition inégale sur le territoire. Inégalités liées à l'historique des bassins d'emplois des immigrés "musulmans" mais liées aussi à la politique du logement. De nombreuses villes ne respectent pas la loi SRU instituant une proportion de 20% de logements sociaux, les "musulmans" faisant plutôt partie des classes pauvres et modestes.

Par conséquent, en terme de population religieuse, la population musulmane (8%) n'est pas plus une menace pour notre laïcité que la population catholique qui représente 43% de la population française de plus de 18 ans (cf. tableau 1 supra).

Comment donc une population religieuse aussi réduite pourrait-elle constituer une menace ?

Si vous préférez écouter que lire, je vous suggère ces deux vidéos de Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d'Études Politiques d’Aix en Provence, auteur de l'ouvrage “Le mythe de l’islamisation” (2012) : une courte (8 min.) et une longue (26 min). Ou lire l'article "les paranos de l'islamisation" dans Politis ou encore l’avis de l’éditeur.

Comme rappelé dans ces documents, d'un point de vue quantitatif, l'islamisation de la France n'est assurément pas en cours, et ce après 50 ans d'immigration "musulmane", importante et encouragée jusqu'en 1975, bien moindre et stable depuis.

Ainsi de 2005 à 2010, le nombre d'entrées est stabilisé autour des 200.000 entrées (201.500 en 2010) auquel il convient de retrancher les sorties (126.500 en 2010), comme l'illustre le tableau ci-dessous.

....................

Note : le nombre important d'immigrés quittant le territoire s'explique essentiellement par la forte proportion d'étudiants (32,4 % des entrées en 2010) et par le retour au pays pour la retraite, 40-50 ans après l'immigration massive des années 1960-70.

Donc non seulement l'immigration globale s'est réduite mais en outre la part de l'immigration "musulmane" n'en représente plus qu'un bon tiers comme l'illustre le diagramme ci-dessous.

L'ensemble des quatre pays à forte population musulmane (82 à 86 %), à savoir la Turquie, la Tunisie, le Maroc et l'Algérie représente 34,5% de l'immigration (2008). En rajoutant l'Afrique subsaharienne (9%), à forte proportion musulmane (80%), l'on arrive à 43%.

................................

Une population "musulmane" stable, voire en diminution.

La population "musulmane" en France ne peut donc pas s'accroitre puisqu'on ne constate pas de conversions, que le flux migratoire "musulman" est stable et que le taux de natalité des immigrés "musulmans" rejoint rapidement celui de la population française.

On peut même imaginer une réduction de la population "musulmane" dans la mesure où nombre de descendants d'immigrés "musulmans" quitte la religion musulmane au profit du christianisme ou d'aucune religion.

C'est ce qu'atteste le tableau ci-dessous résumant la situation des quatre principales origines géographiques d'immigrés "musulmans". Comme on le voit, il y a 10 à 20 % de musulmans de moins chez les descendants d'immigrés que chez les immigrés. En particulier, l'on constate une baisse d'environ 22% pour les trois principaux pays d'immigration "musulmane".

Ces chiffres de l'INED-INSEE sont confirmés par l'enquête IFOP/La Croix qui atteste que 26% des descendants d'une famille musulmane se déclarent non musulmans (22%), d'une autre religion (1%) ou sans religion (3%) (source : " ANALYSE : 1989-2011, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France", p.7, IFOP, juillet 2011).

Si la proportion de musulmans en France n'augmente pas, l'aspect qualitatif constituerait-il cette présumée islamisation de la France ?

En attendant de plus amples développements, voir ce document, cette video et/ou ce livre. Du même auteur, lire l'article Le mythe de l’invasion arabo-musulmane (Raphaël Liogier, Mai 2014).

Mais je me permets de douter d'un quelconque risque : en effet en 1905, lorsqu'a été décidé la laïcité de la République Française, la proportion de catholiques en France représentait 90 % de la population.

Si l'on prend en compte la proportion d'établissements scolaires confessionnels relativement à la part de la population de la confession concernée, on compte, par point de % de la population de la confession correspondante :

  • 564 établissements de confession juive (282 établissements pour 0,5% de résidents français de 18 à 60 ans se déclarant de confession juive. cf. 1er tableau ci-dessus) ;
  • 197 établissements de confession catholique (8485 établisssements pour 43% de catholiques) ;
  • 3,75 établissements de confession musulmane (30 établissements pour 8% de musulmans).

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Difficile d'en déduire une islamisation par l'enseignement, pas plus que par un présumé communautarisme d'ailleurs. Lire à ce propos l'article de janvier 2015 d'Olivier Roy : «La communauté musulmane n'existe pas»

Une couverture de magazine telle celle de gauche ci-dessous laisse accroire une réalité qui n'est donc que pur fantasme. Celle de droite est un montage (il y en a d'autres ICI) afin de se rendre mieux compte de l'objectif stigmatisant de telles couvertures.

Actualisation (janvier 2015) : quelques courbes et données pertinentes sur le site du Monde : Petites et grandes erreurs factuelles d'Eric Zemmour sur l'immigration

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En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant

20 Janvier 2015 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Inegalites

Je publie ici l'article du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N'hésitez pas à commenter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant puisqu'il possèderont plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résultats d’une étude d’Oxfam, « Insatiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera selon toute probabilité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les estimations utilisent les meilleures sources mondiales disponibles sur les patrimoines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la démesure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliardaires (le haut du classement Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concentration de la richesse vers le haut produit le dénuement « en bas » et même aux étages intermédiaires de la hiérarchie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’importants développements aux mécanismes économiques, politiques, fiscaux, etc. de cet insatiable enrichissement, et en particulier à l’intense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligarchie de taille infime mais au pouvoir immense… tant que les pouvoirs politiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consacré aux activités de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confondus. Par ailleurs, dans le cadre des élections de 2012, les entreprises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour financer certaines campagnes électorales. D’après le Centre for Responsive Politics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contribution aux partis et aux candidats fédéraux. Les milliardaires américains représentent environ la moitié des milliardaires de la liste Forbes ayant des intérêts dans le secteur financier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumulée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmentation de 94 milliards de dollars (17%) en l’espace d’un an. »

L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

- Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes ;
- Investir en faveur de la gratuité et de l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation ;
- Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses ;
- Instaurer un salaire minimum et oeuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs ;
- Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes ;
- Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum ;
- Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale.

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Charlie à tout prix ? par Frédéric Lordon, 13 janvier 2015

18 Janvier 2015 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Liberte des medias, #Liberté d'expression

Article repris du blog de Frédéric Lordon sur le site du Monde Diplomatique et publié ici pour d'éventuels commentaires et débat.
Que vous ayez été Charlie ou non, si vous êtes un défenseur de la liberté d'expression, alors je vous invite à vous détourner des médias du complexe militaroindustriel (Bouygues, Lagardère, Dassault, Bolloré, Rothschild, ....) et de soutenir des médias indépendants tel Le monde Diplomatique.
Bonne lecture et au plaisir d'échanger via les commentaires
Christophe

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Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « La dissidence, pas le silence ! », organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015.
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Charlie à tout prix ? par Frédéric Lordon.

Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Et notamment pour tenter de mettre quelque clarification dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique qu’un événement si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direction éclairée de médias qui ne louperont pas une occasion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’expression », et de politiques experts en l’art de la récupération.

Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « Je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Charlie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? On appelle métonymie la figure de rhétorique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport : l’effet pour la cause, le contenu pour le contenant, ou la partie pour le tout. Dans « Je suis Charlie », le problème du mot « Charlie » vient du fait qu’il renvoie à une multitude de choses différentes, mais liées entre elles sous un rapport de métonymie. Or ces choses différentes appellent de notre part des devoirs différents, là où, précisément, leurs rapports de métonymie tendent à les confondre et à tout plonger dans l’indistinction.

Charlie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées – par bonheur, on s’est aperçu rapidement que dire simplement « Charlie » pour les rassembler faisait bon marché de deux policiers, un agent de maintenance, un malheureux visiteur de ce jour là, et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute humanité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’effroi à la nouvelle de ces assassinats.

Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Charlie » : Charlie comme métonymie des principes de liberté d’expression, des droits à exprimer sans craindre pour sa sécurité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Charlie pour l’hommage aux personnes tuées – à la condition toutefois de se souvenir que, des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compassion publique se distribue parfois d’une manière étrange, je veux dire étrangement inégale.

On pouvait aussi se sentir Charlie au nom de l’idée générale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y organiser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en laisser conter par les agressions qui entreprennent de la nier radicalement. Et l’on pouvait trouver qu’une communauté, qui sait retourner ainsi à l’un de ses dénominateurs communs les plus puissants, fait une démonstration de sa vitalité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Charlie » désigne – et c’est bien sûr cette lecture immédiate qui avait tout chance d’imposer sa force d’évidence – quand « Charlie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des principes généraux, mais des personnes publiques rassemblées dans un journal. On peut sans la moindre contradiction avoir été accablé par la tragédie humaine et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce journal nous inspirait – pour ma part il était un objet de violent désaccord politique. Si, comme il était assez logique de l’entendre, « Je suis Charlie » était une injonction à s’assimiler au journal Charlie, cette injonction-là m’était impossible. Je ne suis pas Charlie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’autant moins que cette formule a aussi fonctionné comme une sommation. Et nous avons en quelques heures basculé dans un régime de commandement inséparablement émotionnel et politique. Dès ses premiers moments, la diffusion comme traînée de poudre du « Je suis Charlie » a fait irrésistiblement penser au « Nous sommes tous américains » du journal Le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-journée pour que cette réminiscence se confirme, et c’est Libération qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel : « Nous sommes tous Charlie » — bienvenue dans le monde de l’unanimité décrétée, et malheur aux réfractaires. Et puis surtout célébrons la liberté de penser sous l’écrasement de tout dissensus, en mélangeant subrepticement l’émotion de la tragédie et l’adhésion politique implicite à une ligne éditoriale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypocrite et insuffisamment solidaire (obéissante) quand elle refuse de republier les caricatures. Il fallait donc traverser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrouver des têtes froides, et entendre cet argument normalement élémentaire que défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unanimité sous injonction était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récupérateurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe opportuniste somme toute très semblable à celui des pouvoirs politiques dont ils partagent le discrédit, ils ne manqueraient pas pareille occasion de s’envelopper dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpitude. A l’image par exemple de Libération, qui organise avec une publicité aussi ostentatoire que possible l’hébergement de Charlie Hebdo. Libération, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs temporels, auto-institué dernière demeure de la liberté d’expression ! — peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libé pour faire de la surenchère dans le Charlisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anticonformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps... enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Porochenko, et puis Netanyahu, Lieberman, etc. de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue interconfessionnel [1].

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’Histoire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu – pour être les premiers à « annoncer » l’Histoire, il était logique que tous criassent à l’Histoire et à l’Historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs. On ne sache pas cependant qu’il soit resté grand-chose des manifestations monstres de Carpentras et du 1er mai 2002, effusions collectives qui avaient déjà hystérisé le commentariat, mais dont on doit bien reconnaître que la productivité politique aura été rigoureusement nulle.

On aimerait beaucoup qu’il en aille autrement cette fois-ci, mais on ne peut pas s’empêcher de poser en toute généralité la question de savoir s’il n’y a pas un effet de substitution entre le degré de l’unanimité et sa teneur politique possible. Par construction, arasant toute la conflictualité qui est la matière même de la politique, la masse unie est tendanciellement a-politique. Ou alors, c’est que c’est la Révolution – mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figure…

Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de l’« union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité : il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors « union nationale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation. A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon.

Notes

[1] Lire Alain Gresh, « D’étranges défenseurs de la liberté de la presse à la manifestation pour “Charlie Hebdo” », Nouvelles d’Orient, 12 janvier 2015.

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[Reprise] Répartition des revenus et croissance, par Philippe Waechter, Directeur de recherche économique chez Natixis

23 Décembre 2014 , Rédigé par Christophe Vieren

   Selon une étude de l'OCDE de 2014 : " Une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissance. "

   Dans son article du 10 décembre 2014, Philippe Waechter, Directeur de recherche économique de la banque Natixis, met en exergue le principal enseignement d'une étude de l'OCDE de décembre 2014. Je le reproduis ici : " Dans un travail récent l'OCDE apporte des éléments de réponse à cette question qui taraude les économistes de longue date: faut il des inégalités afin de créer des incitations favorables à la croissance ? Ou bien est ce qu’une distribution resserrée des revenus n’est elle pas finalement favorable à la croissance moyenne ?
La réponse de l’OCDE est sans ambiguïté : une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissanc
e. "

   Retrouvez ce passage dans l'article de l'auteur reproduit intégralement ci-dessous.

Répartition des revenus et croissance

Publié le 10 décembre 2014 par Philippe WAECHTER

Verbatim de ce podcast.

   La répartition des revenus est devenu un sujet majeur en raison de la persistance des effets de la crise.

   On se souvient à l’automne 2011 du mouvement " Occupy Wall Street ". De manière plus récente le livre de Thomas Piketty donnait un cadre de réflexion pour comprendre et analyser les déformations dans la répartition des revenus.Piketty indiquait aussi que la dynamique de l’économie n’était pas spontanément équitable et que des mécanismes de correction étaient nécessaires.

   Cependant, on ne disposait pas d’une analyse formelle reliant l’évolution de la distribution des revenus à la croissance.

   Dans un travail récent (déc. 2014) l’OCDE apporte des éléments de réponse à cette question qui taraude les économistes de longue date : faut-il des inégalités afin de créer des incitations favorables à la croissance ? Ou bien est ce qu’une distribution resserrée des revenus n’est elle pas finalement favorable à la croissance moyenne ?

   Cette question est essentielle pour comprendre la dynamique des économies à moyen terme.

   La réponse de l’OCDE est sans ambiguïté : une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissance.

   Une mesure simple et immédiate des inégalités est le rapport entre les 10 % des revenus les plus élevés et les 10 % des revenus les plus faibles. Du milieu des années 80 à maintenant ce rapport est passé de 7.5 à 9. La distribution des revenus est devenue plus inégalitaire sur cette courte période de temps.

   Des mesures par pays de la déformation dans la distribution des revenus, le coefficient de Gini, montrent que les inégalités se sont accrues dans 16 des 21 pays analysés (du milieu des années 80 jusqu’en 2011/2012). Elle ne se réduisent que dans deux pays: la Grèce et la Turquie. Elles sont stables pour trois pays: la Belgique, les Pays-Bas et La France.
L’impact sur la croissance de ces changements dans les inégalités de revenus est significatif. L’étude suggère que l’impact a été d’environ 10 % au Mexique et en Nouvelle Zélande, de 9 points au Royaume Uni et de 6 à 7 points aux USA, en Italie et en Suède.

   En d’autres termes, la hausse des inégalités a pénalisé la croissance au Royaume Uni en lui ôtant 9 points de croissance sur la période. A inégalités inchangées sur la période 1990-2010 le PIB britannique aurait été 9 % plus élevés en fin de période. C’est loin d’être négligeable.

   Pour la France, l’OCDE indique que l’impact des inégalités sur la croissance n’est pas significative car pour le Think Tank du Château de la Muette il n’y a pas eu de déformation significative dans la distribution des revenus.

   L’OCDE explique que le lien entre distribution des revenus et croissance passe notamment par l’accès à l’éducation. Les plus défavorisés ont un accès plus limité à l’éducation et donc une possibilité moindre d’améliorer leur capital humain.

   L’OCDE indique aussi que l’effet de l’éducation n’est pas limité aux 10 % les plus pauvres mais aux 40 % les plus défavorisés dans la distribution des revenus.

   L’accès à l’éducation est donc l’élément clé dans l’amélioration de la dynamique de croissance. Cela doit donner un rôle majeur à l’Etat pour favoriser la mise en place de ces conditions.

   L’innovation qui est au coeur des processus de croissance passe d’abord par les hommes avant de passer par les process. C’est pour cela que l’éducation et la formation sont les éléments clé de la croissance et de l’amélioration des conditions de vie.

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Préjugé sur le lien entre chômage et minima sociaux

21 Novembre 2014 , Rédigé par Christophe Vieren Publié dans #Chômage

   L'on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères politiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contribueraient au chômage, certains bénéficiaires préférant s'en contenter plutôt que de rechercher un emploi.

   Mais alors, cela doit se constater au niveau du taux de chômage, non ?

   Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en relation le montant des minima sociaux (relativement au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l'Union Européenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de prestations-types d’assistance sociale nettes sont rapportés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s'agit ici du cas d'un couple avec deux enfants. Pour d'autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants représentaient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport "Un panorama des minima sociaux en Europe", p. 8, revue "Etudes et résultats", DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d'Eurostat.

   Si corrélation il y a, il semblerait plutôt qu'elle soit négative : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

   Il est à noter qu'en France, le pouvoir d'achat du RMI/RSA-socle n'a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progressait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l'emploi ne suffit pas , Alternatives Economiques n° 319 - décembre 2012).

   Cette étude comparative sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trouvez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport "un panorama des minima sociaux en Europe", je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

   Ci-dessous, le classement de ces quatorze pays selon les trois situations familiales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE

  • La France se situe en 6e position, juste au dessus de la moyenne européenne, pour une personne seule.

Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • La France se situe en 5e position, sous la moyenne européenne, pour un couple avec deux enfants.

Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

  • Et enfin, la France se situe en 7e position, sous la moyenne de l'UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.

   Relativement au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013, soit de 66,5 à 51,2 heures de travail au Smic brut. Pour en savoir plus : lire cet article de Jean Gadrey : Le grand retour de « l’assistanat » : sur quelques idées fausses

   Sur les minima sociaux, montant et modalités d'attributions, nombre de bénéficiaires, voir aussi : Préjugés sur les minima sociaux.

Sur d'autres idées reçues sur les raisons du chômage :

accessibles à partir de l'article général : Préjugés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage - emploi - habitant - actif - volume de travail - heures travaillées - ouvrées - classement - comparaison internationale - OCDE - Union europeenne - 35 heures - préjugé - idée reçue - minima sociaux - indemnisation - SMIC - RSA.

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